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ou le parcours d'un homme qui n'a pas vraiment choisi sa vie...

n a-t-on assez conscience ?
La vie contraignante d'autrefois enfermait généralement chaque personne dans un sillon d'existence prédéterminé... Du métier au mariage, de la condition sociale au lieu de vie, quasiment aucun choix possible !
Or chaque être humain est unique et "porte en lui la seule chance de salut : la mise en œuvre de sa ressource intérieure" comme l'a très justement écrit Samuel PISAR.
Comment réussir à creuser son propre sillon d'existence quand on vient au monde dans un avenir prédéterminé aussi étriqué ?

Heureusement, la société s'est ouverte au développement personnel et permet aujourd'hui à la personne, dans une certaine mesure, de découvrir ses propres potentialités et de les mettre en œuvre. Bien sûr, il y a encore des progrès à faire en ce domaine, surtout depuis ces dernières années où l'on assiste à la montée en puissance de l'argent-roi. Cette soi-disant liberté du commerce, à l'échelle régionale et mondiale, tend inévitablement à limiter le champ du développement personnel, chacun cherchant à survivre comme il peut dans un monde sans pitié où le petit est trop souvent écrasé... Reste la vie associative et l'espace de loisir que notre société offre encore à l'homme d'aujourd'hui...
Pour combien de temps encore ?...

Mais, revenons à nos moutons, c'est le cas de le dire, vous allez voir !
Louis DESMOULIN fut un homme ordinaire, semé au monde un beau jour de 1920 en notre belle campagne chapeloise, au destin déjà prédestiné par le milieu et l'époque qui le virent naître... Prédestiné ne signifiant pas forcément prédéterminé, comme vous allez le constater...


cte de résistance, Louis DESMOULIN s'opposa à Raymond MARCHADIER du Sézalard, ami de ses parents et Président du Tribunal Civil de Brive, qui voulait de lui dans son bureau... Nous étions en 1938 et Louis avait 18 ans...
Il préféra "bricoler" avec Gabriel DESMOULIN, son oncle, un maréchal-ferrant du village... lequel fut bientôt mis en demeure de déclarer son neveu : la toute jeune Sécurité Sociale forgeait ainsi les nouvelles règles artisanales, il fallut bien s'y faire !
La ferronnerie avait de beaux jours devant elle. Pas moins de 50 foyers d'agriculteurs se partageaient le territoire communal ! Réparer les outils et ferrer vaches, chevaux et bœufs lui donna de l'occupation pendant une bonne dizaine d'années...
Ses temps de loisir ? Il fallait s'occuper de la propriété de son oncle et de celle de son père...

Non, le travail ne manquait pas pour Louis et sa vie était quasi-écrite avant même sa naissance...






La demeure des demoiselles de PONTARD
qui en firent don à Victoire...
    

a famille DESMOULIN est probablement l'une des plus anciennes du village, puisque sa grand-mère, Victoire HUGON, fut la première à naître à La Chapelle, vers 1860, dans une maisonnette aujourd'hui disparue, du côté des Brunies, au fond du Trou de Rode. La famille HUGON fut introduite à La Chapelle par les demoiselles de PONTARD, alors propriétaires d'une maison dans le bourg.
Victoire HUGON épousera un DESMOULIN à la fin du XIXème siècle et viendra s'installer au bourg à cette époque, dans la maison qui verra Louis naître...et y vivre encore aujourd'hui !

    





Un cantou qui brûle tous les jours,
depuis plus d'un siècle !

        

    

l y eut la guerre, les chantiers de jeunesse, au camp 29, dans les Pyrénées orientales, le rappel en Alsace et en Allemagne en 44, pour plus d'un an encore... "On n'a pas eu de jeunesse !" .
Le seul plaisir dont il se souvienne : serrer la main du Général de GAULE et celle d'EISENHOWER, "voir qu'ils pensaient à nous"...


ucie-Marcelle CHÂTEAUREYNAUD, il la connaissait et la fréquentait déjà avant guerre... Ils se rencontraient à vélo... Mais la guerre a interrompu, momentanément, cette idylle naissante...

Elle était née à la grange du Pavillon, était partie à Grand Brassac avec ses parents, mais était revenue au Pavillon au décès de son grand-père. Elle venait de perdre son frère, André, tué au maquis à 24 ans. Elle en avait 22 et portera toujours ce deuil comme une blessure à vif...
Et comme Louis était un grand blagueur, malgré sa vie austère, il prit deux photos et commanda un montage auprès d'un photographe de Bordeaux..à l'insu de sa promise...
Cette preuve d'amour dû précipiter leur mariage, célébré par M. BAUGIER, le maire d'alors, un 15 juin 1946...


L'ancienne grange DESMOULIN,
au cœur du village...
       

ouis DESMOULIN resta à travailler à la ferme paternelle. Là, il était heureux avec les chevaux... jusqu'à l'achat d'un premier tracteur, vers 1950. "C'est une passion pour moi, de vivre avec les animaux. J'essaie de les comprendre et je crois qu'ils me comprennent..." Et s'il a été obligé d'arrêter l'élevage de vaches, l'étable se situant dans le bourg et l'abondance du fumier et du purin ayant provoqué quelques mécontentements dans le voisinage, il a aussitôt parqué un petit troupeau de brebis reçu par héritage à un ou deux km de là, au lieu-dit "Maisonneuve".

t puis, il y eut le bar... Une licence IV héritée de ses parents qui faisait de leur maison des Granges, un lieu de rendez-vous... Sauf en quelques occasions, il n'y avait pas vraiment foule, mais c'était toujours ouvert, comme de coutume à la campagne... Avec Lucie, ils y servaient à boire. Chez Beaugier, sur la place de l'église, il y avait aussi un débit de boisson mais avec une licence III seulement, ne pouvant donc servir (officiellement) des alcools au-delà de 12°... Anx Granges, on y servait donc des apéritifs et digestifs et quelques menus repas, des bouts de casse-croûte, à la demande...
Mais surtout, il y avait les bals ! Bals des samedis et des dimanches soirs qui se terminaient toujours à minuit, bals clandestins pendant la guerre (comme aussi à Porchère ou à Malledent chez les Polonais)...
Seuls, les jeunes hommes payaient leur entrée. Pour les jeunes filles, c'était gratuit... Et la jeunesse vivait là, son unique distraction...
Bien sûr, qui dit bal, dit musique... Et, devinez qui faisait danser la jeunesse chapeloise en cet endroit ? Louis DESMOULIN, accroché à son accordéon, depuis l'âge de 15 ans ! Le bar était alors transféré à l'étage où Madame servait tandis que Monsieur rythmait le pas des danseurs ; polka, tangos, un peu de tout... Et ce rôle ne le frustrait point de trop : "Je ne dansais pas, mais je n'ai jamais été un grand danseur."
En ces occasions, il y avait foule : rien d'autre aux alentours, ni à Bussac, ni à Mensignac.
Le seul jour où il ne jouait pas mais faisait venir un copain à sa place était le jour de la fête du village : "On avait assez de boulot avec le bar !"
Et le bal rapportait ! En un seul hiver, Louis a pu s'acheter un accordéon neuf...
(voir aussi fêtes, danses et mariages à La Chapelle)

Tout ayant une fin, "il est venu un moment où il valait mieux arrêter. Avec les charges, on récupérait quoi ? On perdait son temps pour rien ! "

ais comment cet homme-là est-il devenu maire de son village ?
Et bien, malgré lui, là encore ! Et grâce à... une C4 !!!

Nous sommes en 1953. Le Maire sortant, Julien VIGIER, cousin de son beau-père et parrain de sa femme, prend Raymond MARCHADIER sur sa liste, lequel tient à ce que Louis DESMOULIN y figure aussi, le propulsant même, adjoint au Maire ! C'était déjà ce même MARCHADIER qui l'avait voulu avec lui au Tribunal de Brive en 1938, et s'il a tenu à le faire entrer en bonne place au sein du Conseil Municipal de la Chapelle Gonaguet, c'est que Louis possédait... une voiture, une des premières au village, et qu'ainsi, cette voiture entrait elle aussi, en quelque sorte, dans la municipalité, au service des citoyens de ce petit village rural périgourdin !

"Une C4 achetée quand j'avais 20 ans, en 1940, et payée par mon oncle..."

À partir de ce jour, il n'est pas une urgence médicale, un accouchement précipité, un train à prendre, de jour comme de nuit, qui n'ait sonné l'heure de l'assaut pour ce brave DESMOULIN, qui, sans grande motivation il est vrai, mais dans l'acceptation résignée de son sort, sortait sa C4 du garage et accourait au-devant de son devoir...
Elle sera remplacée par une 203 Peugeot, 10 ans plus tard. "Mais je n'ai jamais voulu la vendre !"
Une voiture, à cette époque, ça facilitait donc beaucoup. Et contre les services rendus, point d'argent sonnant mais quelques aides ponctuelles, comme le ramassage des noix, par exemple...
"On était assez nombreux par foyer pour faire le travail, on n'était pas bousculé comme aujourd'hui et on pouvait bien perdre 2 ou 3 heures à amener quelqu'un !"
Et de se rappeler la tablée d'autrefois, "jolie comme un petit bouquet...", "mais il fallait le faire, à manger !", s'empresse de rajouter... sa femme !
Ainsi tournait l'économie en ce temps-là, chacun jouant son rôle...

       

La C4 d'antan dont Louis DESMOULIN n'a pas voulu se séparer...

t puis, coquin de sort ! , Julien VIGIER tomba malade et décéda peu après, en cours de mandat...
Voilà donc notre adjoint devenu Maire... Et qui le restera 12 années durant, jusqu'en 1971 où le Docteur ROUSSEAU lui succédera.
(voir le texte de l'affiche par laquelle il informa la population, en janvier 1971, qu’il ne voulait pas se représenter.)

"Il est arrivée une période où c'était fâcheux pour moi. Après avoir buriné la journée, il fallait encore tartouiller 2 heures de papier le soir ! Mais personne ne voulait le faire..."
Et quand le secrétaire était absent, il fallait que ce soit notre Maire qui aille chercher le courrier à la gare de Mensignac et y réponde ensuite...
M. MONTAGNE, procureur de la République, lui donnait aussi beaucoup de travail car Louis DESMOULIN était aussi...délégué de canton ! Il était donc désigné pour mener certaines enquêtes et pour récolter certains renseignements... Ce en quoi il s'acquitait toujours de manière exemplaire.
Et quand Louis n'était pas là, Lucie devait, non seulement faire la cuisine, mais aussi soigner les bêtes...
"Comme le dit le docteur, j'ai trop travaillé ! "

Cependant, cette charge de travaux et de services assumée sans avoir été toujours désirée, n'empêche pas notre ancien Maire de déclarer :
"Même si on n'a jamais mené une grande vie, on a toujours été nos maîtres. C'est déjà beaucoup. Ce qu'on voulait faire, on le faisait ! "
Une seule chose le peine : c'est d'avoir essayé de garder tout ce qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres et de se rendre à l'évidence : il n'y a personne maintenant, pour prendre la relève...

a vraie vie de Louis DESMOULIN est ailleurs : elle est à Maisonneuve, avec son troupeau...
"J'aime plaisanter, même avec mes bêtes ! J'embrasse mes brebis presque tous les jours. On bavarde, ça passe un moment...
Je fais têter mes agneaux. L'une d'entre elles, quand elle me voyait arriver, se mettait toujours à genoux ! Je l'ai baptisée et quand je l'appelle, elle vient.
Si je pouvais, je la prendrais à la maison ! "

Il paraît qu'il en a bien amenées, une fois ou deux, des brebis fragiles que sa femme a choyées au biberon jusqu'à leur pleine santé... Avec la circulation actuelle, habitant en bord de route, plus question de bête à la maison !

Un lieu qui "n'est pas bruitant", au milieu de la forêt. Mais ce n'est plus la forêt d'autrefois, si belle avec ses gros fûts qu'on gardait en cas de besoin.
La tempête de 1999 l'a saccagée... "On a pris un bouillon qui n'était pas d'ordinaire ! "
"Avec mes brebis, je suis heureux !"


vec ça, notre couple doyen de la commune vient de fêter ses noces de diamant, 60 ans de vie commune !
En marche vers les noces de palissandre (65 ans)... Quasiment impensable aux jours d'aujourd'hui... Et pourtant...

Et si vous voulez en connaître le secret, demandez-le leur donc !








Post-criptum : en souvenir d'une certaine balade dans les étoiles
pour laquelle M. DESMOULIN nous a ouvert toutes grandes les barrières de Maisonneuve...




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